Entretien avec Nino Barattini, conservateur chargé des collections d’art moderne et contemporain

Musée Unterlinden

Place Unterlinden
68000 COLMAR

info@musee-unterlinden.com

+33(0)3 89 20 15 50

Horaires d’ouverture

Mercredi au lundi : 9h —18h. Dernière entrée à 17h30

Fermé le mardi
1.1, 1.5, 1.11, 25.12 : fermé
Les 24 et 31 décembre 2025 : 9h — 16h

 

Entretien avec Nino Barattini, conservateur du patrimoine chargé des collections d’art moderne et contemporain au musée Unterlinden

 

Diplômé de l’université Paris-Sorbonne et de l’École du Louvre, Nino Barattini est historien de l’art spécialisé en art moderne et contemporain. Après plusieurs expériences au sein d’institutions culturelles françaises, notamment au Centre Pompidou, au Mobilier national, au château de Sceaux et à la Villa Noailles, il a rejoint le musée Unterlinden en 2026 en tant que conservateur chargé des collections d’art moderne et contemporain.

 

« Je suis attiré par une lecture transversale de l’art, les dialogues entre les œuvres et les relations qui peuvent se tisser d’une période à l’autre. »

 

Nino Barattini, conservateur du patrimoine chargé des collections d’art moderne et contemporain

 

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je me suis formé à l’histoire de l’art à La Sorbonne, d’abord en licence puis en master, ainsi qu’à l’École du Louvre en tant qu’élève partenaire. J’ai décidé de m’orienter vers l’art moderne et contemporain en effectuant plusieurs stages et des missions dans des institutions telles que le Centre Pompidou ou le Mobilier National, où j’ai eu l’opportunité de travailler sur différents projets d’expositions au sein des services de conservation. Après un passage au château de Sceaux, où j’étais chargé de la coordination du Projet scientifique et culturel, j’ai rejoint en 2023 la Villa Noailles à Hyères, centre d’art contemporain national, comme chargé des collections modernes et des fonds d’archives. Je suis ensuite parti quelques mois aux Etats-Unis pour un séjour d’immersion dans le système muséal américain, suivi d’une résidence de recherche au Fallingwater Institute. Après avoir complété ma formation avec un diplôme universitaire en droit de l’art et de la culture, j’ai décidé de revenir aux musées, où j’ai pris mes fonctions au musée Unterlinden en 2026.

 

Comment définiriez-vous votre approche curatoriale ? 

Elle est nourrie par diverses influences et évolue naturellement, mais je suis attiré par une lecture transversale de l’art, les dialogues entre les œuvres et les relations qui peuvent se tisser d’une période à l’autre. Dans un musée aussi riche qu’Unterlinden, où l’on traverse plusieurs siècles, du néolithique à l’art contemporain, les possibilités de rapprochements sont nombreuses. Cela permet de proposer des lectures renouvelées sur les collections et les œuvres, qui dépassent les seules approches chronologiques ou strictement historiques. J’aime également envisager les sujets sous des perspectives moins conventionnelles en abordant, par exemple, un courant artistique à travers un collectionneur ou un marchand d’art, ou en se concentrant sur une année ou un foyer de production. Ce sont des points de vue pertinents à mon sens, à la fois pour enrichir l’historiographie de l’art et pour affiner notre compréhension des œuvres. Je suis également très attentif à l’évolution de la muséographie et à la manière dont nous présentons les œuvres aux publics. C’est selon moi un élément déterminant de l’expérience muséale. Il me semble primordial d’explorer de nouvelles formes d’accrochage et de sortir des cadres établis.

 

Selon vous, quels sont les enjeux de la collection d’art moderne et d’art contemporain ?

Assurément la visibilité de la collection au sein du musée. J’ai conscience du caractère hégémonique du Retable d’Issenheim, mais il m’apparaît primordial de trouver à terme un juste équilibre entre les deux grands ensembles qui constituent l’identité du musée. La collection d’art moderne est nécessairement plus récente puisqu’elle a été constituée à partir des années 1960, mais elle est souvent perçue comme annexe dans le parcours, de par sa localisation même, mais également car les visiteurs n’ont pas toujours conscience de la richesse du fonds. Pourtant il s’agit d’une collection cohérente et plurielle, qui témoigne autant de l’histoire récente du musée que d’une certaine époque, la Seconde École de Paris en particulier. C’est pourquoi développer sa visibilité dans le parcours global est nécessaire, tout en la présentant sous un angle renouvelé.

 

Quels sont les grandes lignes de votre projet au musée ? 

Les enjeux sont très variés. Je souhaite aller vers une meilleure accessibilité intellectuelle de la collection. Le parcours de visite actuel, en place depuis plus de 10 ans, nécessite un renouvellement qui sera inauguré en 2027. Celui-ci proposera un discours élargi sur la période, tout en garantissant une expérience à la fois fluide et intuitive. Il faudra également développer des expositions ambitieuses afin d’offrir au public une programmation à la fois inédite et innovante, tout en restant cohérent avec les collections et l’identité du lieu. Je souhaite aussi que l’on se tourne davantage vers l’art contemporain et la jeune création, dans une logique de soutien et de prospection, pour inscrire durablement le musée dans les dynamiques actuelles, avec notamment la mise en place de partenariats institutionnels. Cela permettra également de renforcer les liens avec les nombreux acteurs culturels du territoire et de travailler en réseau, tout en décloisonnant notre action culturelle.

 

Existe-t-il une différence entre votre quotidien et celui des autres conservateurs ? 

Nous exerçons fondamentalement le même métier, même si, dans les faits, l’exercice peut sensiblement varier. Les conservateurs en charge des collections anciennes travaillent exclusivement sur des œuvres d’artistes aujourd’hui disparus, tandis que je suis en relation quotidienne avec des artistes vivants, que ce soit dans le cadre de projets d’exposition ou pour l’enrichissement de la collection. Cela engage donc un travail de terrain important, induit par cette dimension de prospection. Le cœur des missions reste le même, bien que les enjeux diffèrent nécessairement.

 

Une œuvre de la collection qui vous attire particulièrement ?

Je citerais Le Manège de Martin Engelman, une huile sur toile de grand format réalisée en 1967 alors que l’artiste vit et travaille à Hambourg. C’est un nom que j’évoque souvent tant je suis convaincu de l’intérêt de son travail et de la nécessité de valoriser davantage son œuvre auprès du public français et plus généralement européen. Engelman développe dans les années 1960 un univers singulier, avec un vocabulaire figuratif inspiré du surréalisme. J’aime particulièrement le caractère onirique qui se dégage du tableau. Il faut rappeler que la collection s’est constituée au gré des opportunités et des choix des conservateurs successifs, en fonction d’une scène artistique et de sensibilités qui ont naturellement évolué avec le temps. Cela explique sans doute les écarts de notoriété au sein de la collection. C’est notamment le cas de Vera Pagava, Jacques Grinberg ou encore Bernard Saby, des artistes moins connus dont les œuvres gagneraient à être davantage valorisées au sein du musée.

 

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