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//Le miracle de la résurrection des poulets rôtis,
Rhin supérieur, vers 1470

Colmar, musée d'Unterlinden.
Photo : O. Zimmermann

//LES PRIMITIFS RHENANS

Le musée est essentiellement connu pour être une vitrine de l’art rhénan en France avec ses remarquables collections de peintures et de sculptures représentatives de l’art des XVe et XVIe siècles, une période durant laquelle le Rhin supérieur a connu un véritable âge d’or.

Les artistes du Rhin Supérieur

En effet, dans la lignée du mouvement du "gothique international" qui se développe en Europe autour de 1400 et se caractérise par la souplesse des lignes et la préciosité des gestes, un courant réaliste et intimiste apparaît vers le milieu du XVe siècle dans l’art rhénan. À l’époque, cette région fait partie intégrante du Saint Empire romain germanique. Les artistes du Rhin supérieur, qualifiés par les historiens de l’art de "Primitifs rhénans", travaillent aussi bien à Strasbourg, Colmar, Fribourg-en-Brisgau (Karlsruhe n’apparaissant qu’au XVIIIe siècle) qu’à Bâle, et voyagent beaucoup au gré des commandes.

Marquée par l’influence des Flandres, cette école très homogène offre un riche déploiement de panneaux peints sur bois et de sculptures polychromées (culte de la Vierge et des saints) de la fin du Moyen Âge à la Renaissance.

Aux œuvres du Gothique international où les délicates silhouettes surgissent sur fond d’or (Crucifixion, vers 1410), succèdent des peintures plus intimistes (Retable de Stauffenberg, vers 1460, offert à la commanderie des Antonins d’Issenheim par un bailli de Rouffach : Hans Erhard Bock von Stauffenberg). La Vierge de pitié exprime une douleur contenue : seule quelques larmes perlent sur ses joues.

Par ailleurs, le Retable de la Passion de Gaspard Isenmann (1465) provenant de la collégiale saint Martin de Colmar est plus caricatural et représentatif d'un art de la mise en scène. Sur le panneau de l'Arrestation du Christ, deux scènes se superposent : saint Pierre lève son épée pour couper l’oreille du garde alors que le Christ s’apprête déjà à la greffer au soldat mutilé.

Fin XVe siècle, Martin Schongauer

L’artiste célèbre à la fin du XVe siècle est le colmarien Martin Schongauer réputé pour ses gravures admirées déjà par Albrecht Dürer.

Le Retable d’Orlier (vers 1470), commandité par Jean d'Orlier, supérieur du couvent d’Issenheim de 1459-1466 à 1490, est exposé dans la chapelle du musée. Le donateur est agenouillé au pied de saint Antoine. Le panneau de l'Annonciation, est représentatif de la finesse d'exécution du peintre. Le geste majestueux de l'ange est en harmonie avec l'attitude délicate de la Vierge qui écoute attentivement son annonce. Martin Schongauer a été surnommé "le beau Martin", en raison de la grâce et du fini de son travail.

L'Allemagne au début du XVIe

Au début du XVIe siècle, la tendance à représenter la réalité humaine devient une des composantes de la peinture. Dans sa Mélancolie (1532), Cranach l’Ancien évoque un état d’âme en rejoignant les penseurs de la Réforme. Le danger de sombrer dans la mélancolie est évoqué par la présence d'une femme à l’expression énigmatique. Cranach appartient à une tendance picturale née entre 1500 et 1530 en Allemagne du Sud, qualifiée d’"école du Danube".

Un Portrait de femme (vers 1510) exécuté par Hans Holbein l'Ancien est la seule peinture de cet artiste conservée dans un musée français. L’artiste, au-delà de la prouesse technique dans la délicatesse des détails, s’attache à exprimer la personnalité de son modèle.